"La grenade, ce fruit du paradis", interview
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"La grenade, ce fruit du paradis", interview


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Anar
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La grenade, ce fruit du paradis.
Interview réalisée par Maaike BLEEKER et Shahin ASHKAN
Paru dans la Revue de Téhéran, no.12, Nov.2006


J’ai ouvert une grenade et suis en train de détacher ses amas de graines juteuses
Ce serait une bonne chose, me dis-je
Si les graines étaient visibles aussi dans le cœur des gens.

Ces belles paroles de Sohrab Sepehri, traduites par Alain Lance, parachèvent les photos du dernier ouvrage de Jacqueline Mirsadeghi, intitulé « Nârestan » qui célèbre la grenade dans tous ses états. C’est l’automne, en admirant les premières grenades sur les étals des marchés, nous n’avons pu nous empêcher de penser à cette photographe suisse installée depuis 1995 à Saveh, en Iran, avec sa famille et dont nos fidèles lecteurs ont déjà savouré quelques uns de ses récits de voyage. L’opportunité était trop belle pour la manquer et nous avons saisi l’occasion pour la retrouver dans son « paradis ».

Amoureuse de la nature, Jacqueline Mirsadeghi porte une affection toute particulière au désert. Ses photos ont été exposées en Iran, en Suisse et en France ainsi que dans des magasines suisses, allemands, américains et iraniens. Le « Guide de l’Iran, éditions Olizane, Genève. » auquel elle a apporté sa contribution, est devenu une référence incontournable pour de nombreux francophones qui visitent ce merveilleux pays.

Les textes, en persan, français, allemand et anglais, qui accompagnent les photos du « Jardin de grenadiers » offrent une foule d’informations que l’on n’avait pas soupçonnée sur sa région adoptive, l’histoire de la grenade, sa mythologie et sa signification dans les religions, l’art et la littérature ainsi que ses vertus médicinales. « En Islam, le Coran désigne la grenade comme le fruit du paradis. D’après la croyance musulmane, celui qui mange des grenades recevra la lumière de Dieu en son cœur. Le prophète Mohammed a dit : « Mange des grenades, car elles débarrassent le corps du mal et de l’envie. » et « chaque grenade contient une graine céleste. »


Saveh, mon paradis !
Rencontre avec Jacqueline Mirsadeghi, photographe.

- La Suisse est réputée pour ses alpes et sa verdure. Pour vous qui habitez depuis douze ans dans cette région en marge du désert, le dépaysement a dû être radical, n’est-ce pas ?

Oui, on peut le dire...rires. Je me sens toute petite devant l’immensité de cette nature dont l’horizon s’accroche à l’infini. C’est une sensation qui m’invite à la méditation et me ramène à moi-même. Je m’y sens en paix, j’ai l’impression de fouler une terre très ancienne, porteuse d’histoires.

- Personne avant vous n’avait songé à publier un album de photos consacré aux jardins de grenadiers en Iran. Quelles étaient vos motivations ?

Aujourd’hui, tous les pays essaient de mettre en valeur les caractéristiques naturelles, culturelles, culinaires, etc. de chacune de leurs régions. On peut habiter dans un environnement magnifique, mais l’ignorer. Plusieurs personnes de Saveh, après avoir feuilleté mon livre, m’ont avoué qu’elles avaient oublié à quel point leur région est belle et singulière. Rien que pour cela, il était nécessaire de faire ce travail et j’espère que cela donnera des idées à d’autres.

Les Iraniens devraient être plus conscients de l’origine historique de ce fruit qui remonterait à la Perse antique et a influencé les artistes du monde entier, en particulier les Iraniens. C’est l’un des premiers arbres à avoir été cultivé par l’homme, au même titre que les oliviers, les vignes, les figuiers et les dattiers. Depuis peu, quelques manifestations culturelles ont vu le jour dans le but de valoriser cette richesse ; comme le festival des grenades, issu d’une collaboration entre la mairie de Saveh et le Ministère de l’agriculture. Des actions ont été ébauchées, mais il reste encore bien à faire. De la promotion touristique au soutien agricole, c’est le développement économique et culturel de toute une région qui est en jeu. La grenade est devenu une denrée convoitée par le monde entier et à Saveh, les demandes venues de l’étranger ne cessent d’augmenter depuis dix ans. Il y a quelques années encore, les Européens ne connaissaient ni le fruit ni la manière de l’apprêter, mais aujourd’hui, sa consommation connaît une forte croissance.

Mais bon, en dehors de ces considérations sociales, j’avais mes raisons personnelles pour faire aboutir l’idée de ce livre ; c’est un hommage au dix plus belles années partagées avec mon mari et mes enfants dans un bout de paradis, où nous avons construit notre propre maison et un mode de vie unique.

- C’est un cadeau pour une photographe que de pouvoir vivre dans un tel univers et de suivre, au fil des saisons, les transformations de la nature.

C’est effectivement un sujet idéal pour une photographe, car chaque saison offre sa gamme de couleurs et j’ai été témoin, jour après jour, des changements de lumière et de la croissance de cet arbre. Au printemps, les premières feuilles passent d’un orange safrané à un vert tendre, puis les fleurs émergent du manteau de feuilles vertes, d’un rouge lumineux relevé par le pistil jaune. Le fruit va peu à peu se développer pour atteindre un rouge incarnat. Dans le fond, cet album, je l’ai voulu comme une sorte de voyage à-travers les saisons de la grenade.

- Votre objectif ne s’est pas limité au fruit en tant que tel. Vous avez mis en évidence son influence dans l’art et la culture. C’est un aspect auquel vous teniez beaucoup ?

Oui, en effet. A mon sens, la grenade est un élément qui a inspiré l’architecture, la peinture et que l’on retrouve dans certains motifs floraux qui ornent les mosquées. Il est également très présent dans les dessins de catelles et de tapis. J’ai tenté de mettre en relation ces différentes représentations à travers la mise en page.

- L’aspect littéraire n’a pas été négligé non plus. De Ferdowsi à Sohrab Sepehri, en passant par Mawlânâ, Saadi et Hâfez, c’est l’image poétique de la grenade qui est évoquée. On aurait aimé trouver encore plus de traductions poétiques en français d’ Alain Lance, dont les poèmes sont connus grâce à des traductions d’Ahmad Chamlou. Mais au fait, comment l’avez-vous rencontré ?

J’ai eu l’honneur d’accueillir Alain Lance et sa femme, Renate Otterbein, lors de leur séjour en Iran, à l’occasion de la Caravane des poètes, organisée réciproquement par les ambassades iraniennes et françaises. Dans ce décor de jardins de grenadiers, alors que je remaniais le texte anglais, ils se sont pris au jeu et ont fait naître l’idée que le français et l’allemand pourraient aussi trouver leur place dans ce projet de livre. Renate m’a aidée pour la traduction en allemand et Alain Lance, qui a été président de la Maison des Ecrivains à Paris, s’est offert comme lectorat pour les textes en français. Leur séjour fut, hélas, trop court et le temps nous a fait défaut pour aborder toutes les poésies contenues dans ce livre. Je crois qu’on devrait encore plus mettre l’accent sur ces échanges culturels franco-iraniens, ils sont extrêmement bénéfiques.

- Jacqueline, merci de nous avoir accueillis dans votre paradis. Toute cette discussion nous donne envie de déguster une de ces délicieuses grenades. Et vous, ça vous arrive d’en consommer ! ?

Et comment ! Surtout en forme de jus. Je suis une fervente adepte de ce fruit dont l’Occident découvre de plus en plus les bienfaits médicinaux. Des études récentes démontrent qu’une consommation régulière de jus de grenade a des effets antioxydants, qu’elle prévient le développement de certains cancers et a bien d’autres propriétés encore au sujet desquelles j’ai consacré un chapitre. Pour ma part, je profite de cette occasion pour féliciter tous les collaborateurs de la Revue de Téhéran dont je suis une fidèle lectrice ; il manquait vraiment en Iran une revue en langue française.

- On peut donc en déduire que notre revue pourra encore bénéficier de vos récits de voyage ?

Avec plaisir. Je suis toujours très heureuse de partager mes passions, que ce soit par l’image ou par l’écriture.

« Nârestan », photographies de J. Mirsadeghi, édition Ketab-e-Khorchid, printemps 2006.
http://www.pomegranate-garden.com/
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